Un royaume ibadite peu connu : L’Etat des Banù Masala (Ixe s.)

Le royaume berbère-ibadite des Rostémides avec sa capitale à Tahert (prés de l’actuel Tiret, dans le ci-devant département algérien d’Oran), fondé en 761/62 de notre ére par Abd ar— Rahman ibn Rostem, à partir de 776/77 l’ imam reconnu par tous Ibadites du Maghreb1, est parvenu au sommet de sa puissance sous le règne de son fils et successeur l’Imam ‘Abd al-Wahhab ibn Abd ar-Rahman Ibn Rostem (784/85 – 823/24)². Ce chef a réussi, à la suite de ses heureuses campagnes, de réunir, vers la fin du VIIIe et au commencent du IXe siècle de notre ère, presque toutes les tribus berbères ibadites de l’Afrique du Nord sous sa domination. Il paraît bien qu’il faillit conquérir même l’Ifriqiya proprement dite. Je crois en effet que le soulèvement de Salih ibn Nusayr alIbadi de la tribu de Nafzawa qui selon Ibn Idari al-Marrakusi et Ibn Haldun eut lieu dans l’Ifriqiya en 787/88 3 avait en vue l’annexion de ce pays au royaume de Tahert.

C’était peut-être l’échec de cette révolte qui décide Abd al-wahhab à faire la paix avec Rawh ibn Hatim, gouverneur de Kairouan de la part des caliphes abbasides. En effet, les négociations entre Tahert et Kairouan commencèrent immédiatement après le désastre des Ibadites de l’Ifriqiya la même année 787/88 4. a la suit de ces négociations la paix fut rétablie dans l’Afrique du Nord. Les gouverneurs de Kairouan, et ensuit les émirs aghlabides se gardaient bien d’inquiéter les tribus berbères- ibadites pendant un quart de siècle environ. A cette époque les tribus les limites du royaume rostémide embrassaient, d’après une tradition rapportée par Ibn as-Sagir, chroniqueur de Tahert, vers l’an 902/903, toute le Maghreb, jusqu’à la ville de Tlemcen à l’ouest 5 . Le centre du royaume de Abd al-wahhab était constitué par la ville de Tahert (nommée aussi Tahert-la- Neuve) ainsi que par les districts voisins de cette ville ; le plateau de Sersu entre autres. Ces districts étaient peuplés de tribus berbères-Ibadites de Lamaya, de Matmata, de Luwata, de Banù Dammar, de Zenta et d’autres encore 6. Au nord, la frontière du royaume rostémide se rapprochait de la Méditerranée dans le voisinage de la ville actuelle de Mostaganem 7et au sud ce royaume embrassait les caisse de l’Oued Righ et de Ouagla 8. Un couloir constitué par une partie de Hodna et de Zab, ainsi que par Djebel Aurès et peuplé par des tribus berbères-ibadites liait les parties occidentales du royaume de Abd al-wahhab avec les districts ibadites de la Tunisie du Sud et de la Tripolitaine septentrional 9. Les historiens ibadites du Maghreb citent les noms de plusieurs provinces de ces deux pays gouvernées au nom de l’Imam Abd al-wahhab comme p.ex. Qastiliya, Qafsa, Gabal Nafusa et Surt, celui-ci embrassant la partie orientale de la Tripolitaine jusqu’aux limites de la Cyrénaïque. Il parait qu’aussi la puissante tribu berbère de Huwwara habitant le pays situé entre le Sud et le Gabal Nafusa dépendait de l’imam Abd al-Wahhab qui vint à leur aide en 811, au moment de leur guerre avec le gouverneur aghlabide de Tripoli 10. Ainsi c’est avec raison que Ibn as-Sagir écrivait dans sa chronique en citant une ancienne tradition locale de Tahert, que “Pautorité de Abd al-wahhab sur les Ibadites ou autres avait paris une extension à laquelle les Ibadites n’étaient pas arrivés avant lui. Il obtint la soumission de groupes sur lesquels ses prédécesseurs n’avaient pas eu d’action et rassembla des forces militaires que personne n’avait eues avant lui … Il continua à gouverner de la sorte, sans que l’union et la concorde fussent troublés par des rebellions ou des attaques, jusqu’au moment où se produisit la scission“.11

Les historiens ibadites nous apportent des informations sur diverses scissions (en arabe iftiraq) et rebellions qui ont troublé le règne glorieux de Abd al-Wahhab 12 Deux de ces rebellions, à savoir la schisme des Nukkarites et la révolte des tribus mu’tazilites appartenant à la branche berbère de Zenta ont tété réprimées par cet imam sans apporter de tort sensible à la consistance et la puissance du royaume des Rostémides 13. Autrement cependant se présente la question de la troisième révolte, notamment de l’insurrection contre Abd al-Wahhab et le détachement du royaume de Tahert d’une certaine partie de la puissante tribu berbère-ibadite Huwwara habitant les plus proches environs de la capitale de l’Etat des Rostémides ; ce fait a eu sa portée pour les destinées futures de ce royaume.

Occupons-nous maintenant de plus près de cette révolte et du sort du petit Etat Huwwaride créé à la suite sur le territoire nord-est du département d’Oran.

D’après Ibn as-Sagir, qui utilise les données de plusieurs informateurs ibadites anonymes, sous la domination de Abd al-Wahhab, campait dans le voisinage immédiat de Tahert avec d’autres fractions de tribus berbères-ibadites reconnaissant autorité de la dynastie rostémide, une fraction de la tribu de Hawwara qui avait à sa tête une famille importante appelée al-Aws et connue également plus tard sous le nom de Banù Masala. Le chef des Aws a demandé en mariage une fille d’une grande beauté appartenant à une famille de marque d’une branche des Berbères Luwata qui campait dans son voisinage. Les parents de la jeune fille déjà agréé sa demande, mais Abd al-Wahhab craignant l’alliance éventuelle entre les Huwwara et les Luwata des environs de Tahert qui pourrait lui causer des difficultés politiques, se décida de demander la main de la jeune fille pour lui-même et il l’obtint. Le chef des Aws ayant appris la chose, se mit en colère qui fut d’ailleurs partagée par les gens de sa fraction. Il leva le camp et alla s’installer avec tout sa tribu dans le Wadi Hawwara (“Vallée des Hawwara“) située à dix milles arabes (environs vingt kilomètres) ou plus à l’ouest de Tahert. La situation exacte de ce lieu nous échappe, mais il devait s’agir d’un affluent gauche de la Mina, affluent du Chelif. Les révoltés y furent rejoints par les autres fractions des Huwwara de la région de Tahert, ainsi que par d’autre gens qui partageaient leur opinions. En se mettant en état de guerre contre l’imam Abd al-Wahhab, il attaquèrent et tuerent un de ses sujets.14

Aussitôt l’imam vit se réunir autour de lui une quantité considérable de tribus et de guerriers qui lui étaient fidèles et se mit en marche les insurgés à la tête d’une immense armée. Les Aws ayant appris ce mouvement, concentrèrent leurs forces le long d’une cours d’eau appelé Nahr Islan et identique peut-être avec le Wadi Hawwara ou un autre affluent gauche de la Mina. Dans la violente bataille qui s’engagea entre les deux partis et dans laquelle prit, à côté de l’imam Abd al-Wahhab, aussi son fils Aflah qui se distingua par sa bravoure et fut à cause de cela désigné le jour même de la bataille comme future imam, il y eut un nombre considérable de morts parmi les diverses tribus. Les Huwwara subirent les pertes les plus sensibles. Selon les informateurs d’Ibn as-Sagir, les Huwwara de Wadi Huwwara durent se replier, à la suite de ces pertes, dans le Gabal Ingan, district montagneux, dont la location exacte nous échappe 15. Il parait cependant que l’appellation citée par ce chroniqueur doit être corrigée probablement en Gabal Tigan, du nom d’une tribu zenète habitant les montagnes de Wanseris (actuel massif de Ouarsenis entre la Mina et la ville de Miliana) et appelé Wartigan (c’est-à-dire Banù Tigan) par le géographe arabe du XIIe siècle al-Idrisi 16. Si cette information est vraie, les Huwwara durent se réfugier après la bataille Nahr Islan dans le massif peu accessible de Ouarsenis. Cependant d’autres informateurs dont les récits ont été utilisés par Ibn as-Sagir sont d’avis que les Huwwara révoltés ne gagnèrent le Gabal Tigan que plus tard117.

En tout cas il est sûr que les partisans des Aws, quoiqu’ils aient subi de grandes pertes, ont su maintenir leur indépendance vis-à-vis du royaume rostémide. La bataille de Nahr Islan devint le commencement de l’Etat des Huwwara sous le règne des Aws (ou plutôt des Banù Masala comme on appelait la famille princière de cette branche des Huwwara au Ixe siècle), Etat créé en plein pays rostémide, dans le voisinage de Tahert.

Ibn as-Sagir ne nous donne malheureusement pas la précise de la scission des Aws ni celle de la bataille de Nahr Islan. Il paraît cependant que cet événement n’eut lieu que vers la fin du règne de l’imam Abd al-Wahhab, au moment où son fils Aflah était déjà adulte, or apparemment vers l’an 820 de notre ère.

Nous ne savons rien sur le royaume des Banù Masala à l’époque du règne de l’imam Aflah qui prit le pouvoir à Tahert en 823/24 et qui mourut en 871/72. 18. Sous la brève domination de son fils Abù Bakr ibn Aflah (864/65 ou bien 871/72) eut lieu une rebellion contre cet imam, suivi des luttes intestines à Tahert où se sont formés divers partis. Abù Bakr a été abandonné par tout le monde et les partisans des Rostémides durent quitter Tahert. Ils se dispersèrent dans divers endroits assez éloignés de cette ville. Le chef du parti rostémide, le prince Abu ‘l-Yaqzan Muhammad ibn Aflah se réfugia à l’endroit appel’ Asekdal situé à un plus d’une journée au sud Tahert 19. Et alors apparaît du nouveau la dynastie Banù Masala. D’après Ibn as-Sagir, Muhammad ibn Masala occupa la capitale rostémide, d’où s’enfuit Abù Bakr ibn Aflah. Nous ne connaissons pas dans quelles conditions cela eut lieu. Cependant il résulte du récit d’Ibn as-Sagir que la ville a été occupée par la coalition des Huwwara et des Luwata, sans doute appelés au secours par l’un des partis luttant pour le pouvoir à Tahert. Le calme se rétablit dans cette ville, où le chef huwwaride remplaça les imams rostémides.20. C’est peut être de cette époque que provient Qabr Masala (“Tombeau de Masala“) monument qui existait encore à l’époque d’Ibn as-Sagir et qui a été bâti, d’après cet auteur, à la place de l’oratoire de l’imam Abd ar-Rahman, fondateur de la dynastie rostémide 21. Il paraît hors de doute que ce tombeau était d’un des princes huwwarides de la dynastie de Banù Masala.

L’ordre rétabli à Tahert par Muhammad ibn Masala ne dura pas longtemps, A un moment donné les divisions se produisirent entre les Luwata et les Huwwara. Ces derniers arrivèrent à dominer les Luwata avec l’aide des citadins. A la suite de cela , les Luwata quittèrent la ville, s’établirent dans un fort nommé Hisn Luwata au sud de Tahert et entrèrent en relation avec le prince rostémide Abu ‘l-Yaqzan qui se fixa après ces pourparlers dans un lieu situé prés des sources de la Mina, dans le voisinage de résidence des Luwata. 22. Tels furent les origines d’une coalition rostémide nouvelle dirigée contre les Huwwara de Muhammad ibn Masala et contre les citadins de Tahert qui restèrent fidèles à ce prince pendant une longue période.

La guerre entre les Rostémides soutenus par les Luwata et les partisans des Banù Masala dura, si nous en croyons Ibn as-Sagir, pendant sept ans. C’est seulement vers l’an 871/72 ou bien 878/79 que Abu ‘l-Yaqzan réussit, à la suit d’une médiation des gens originaires de Nafusa soutien principal des Rostémides, de décider les habitants de Tahert à capituler 23. Ibn as-Sagir ne nous dit rien d’ailleurs sur les conditions dans lequelles Huwwara avec Muhammad ibn Masala à la tête ont quitté Tahert. Selon toute la vraisemblance c’était le résultat d’un pacte conclu entre Abu ‘l-Yaqzan et le chef huwwaride.

Ibn as-Sagir auquel nous devons tant de détails curieux sur les origines de l’Etat des Banù Masala ne nous donne aucun renseignement précis sur l’emplacement de cet Etat, en se contentant de dire, comme nous l’avons vu ci-devant, que le centre originaire de ce royaume se trouvait plus que dix milles arabes à l’ouest de la ville de Tahert, c’est-à-dire plus de vingt kilomètres à l’ouest du cours de la Mina, affluent gauche du Chelif24. Nous devons des informations plus détaillées sur ce sujet géographe et historien arabe al-Ya’qùbi qui complète utilement les données d’Ibn as-Sagir sur l’Histoire des Banù Masala. Il s’agit ici de la description de l’Etat huwwaride contenu dans son traité géographique intitulé Kitab al-Bulan (“Le livre des pays“) écrit en 889 ou bien en 891, dans le chapitre sur l’Afrique du Nord qui est un précieux témoignage sur l’état de ce pays pendant le dernier quart du Ixe siècle, sur les populations qui l’habitent et sur les autorités dont elles dépendent. D’après l’auteur du Kitab al-Buldan, 25 le royaume de Ibn Masala al-Ibadi originaire de la tribu de Huwwara était situé dans le voisinage immédiat de l’Etat de Tahert gouverné en ce moment-là par Muhammad ibn Aflah le même que l’imam restémide Abu ‘lYaqzan Muhammad ibn Aflah de la chronique d’Ibn as-Sagir. Ibn Masala était dissident du roi de Tahert et menait la guerre contre lui. Selon la description contenue dans le Kitab al-Buldan, au royaume de Ibn Masala appartenaient deux villes. L’identification d’une de ces villes, à savoir Ilil (Ilil, aussi : Yalala) une localité entourée de villages et de champs cultivés26, ne laisse aucun doute : c’est l’Hilil actuel, localité situé située au sud-est de Mostaganem 27. Il faut ajouter que d’après al-Bakri, géographe arabe bien connu de la deuxième moitié du XIe siècle, la ville d’Ilil était toujours peuplée des Huwwara 28. La deuxième des villes appartenant à l’Etat d’Ibn Masala était al-Gabal. D’après al Ya’qubi 29, cette dernière localité qui était la résidence de Ibn Masala, était éloignée d’une distance d’une demi journée de marche (environ 15 à 20 kilomètres) de la ville d’Ilil. Georges Marçais localise avec raison al-Gabal non loin de Kalaa (aussi Kalaa des Beni Rached) de nos cartes30. Ce lieu qui n’est aujourd’hui qu’un petit village berbère suspendu au flanc des escarpement abrupts du Djebel Barhar, est situé à 19 kilomètres au sud de l’HIllil31, ce qui correspond parfaitement à distance indiquée par al-Ya’qubi.

Al-Bakri appelle cette localité Qal’a Huwwara ou bien Taseqdalt32. Cette résidence faisait partie d’une pays montagneux nommé Gabal Huwwara par Ibn Haldun, historien célèbre du XIVe siècle, et situé entre le cours de la Mina et celui de la Habra, fleuve ayant son embouchure à l’ouest de Mostaganem33. Il est ainsi très vraisemblable que non seulement la ville de al-Gabal, mais aussi tout le Gabal Huwwara appartenait au royaume des Banù Masala. Al-Bakri et Ibn Haldùn localisent aussi une branche des Huwwara dans le plateau de Sersou (Sersou), au sud-est de la plaine de Mindas, sur la rive droite de la Mina34. il paraît qu’aussi cette branche huwwara était au Ixe siècle sous la domination des Banu Masala, de même que les Huwwara établis dans le Gabal Tigan ; dans le massif de Ouarsenis , anciens réfugiés après la bataille de Nahr Islan.

Il va sans dire que la naissance, dans le voisinage immédiat de Tahert, capitale de l’Etat des Rostémides, si puissant jadis, d’un petit royaume huwwaride qui savait défendre son indépendance jusqu’au moins à l’an 889 (ou 891) si non plus longtemps encore, n’était point indifférent pour le sort de cet Etat. Il paraît que ce fait contribua dans un degré considérable au déclin du prestige des imams rostémides chez les tribus berbères, les fervents Ibadites sans doute dépendant de leur autorité mais supportant mal le gouvernement de ces imams, comme de tous les autres gouvernements centraux. Les tendances séparatistes des tribus qui habitaient à l’alentour de la ville de Tahert se sont révélées distinctement sous le règne de l’imam Aflah, fils et successeur de ‘Abd al-Wahhab. Ces tribus, dit Ibn as-Sagir, étant devenus riches et puissantes, montraient autant d’orgueil que les habitants de la capitale, si bien qu’Aflah en vint à craindre une coalition que pût lui arracher le pouvoir. Alors Aflah s’appliqua à semer la discorde parmi les tribus proches les unes des autres. Ses excitations entre les Luwata et les Zenata, les Luwata et les Matmata amenèrent des scissions qui donnèrent lieu à des guerres entre ces tribus. Chacune des tribus chercha dès lors à se concilier la faveur de l’imam par crainte de le voir soutenir contre elle sa rivale35.

Cette politique raisonnable a permis à Aflah de tenir de court les fières et puissantes tribus berbères habitant les environs de Tahert, centre de l’Etat des Rostémides.il lui manqua cependant de forces pour sauvegarder les frontières de son Etat à l’Est. Il n’est donc étonnant qu’au cours de son règne la majeure partie des provinces de l’Est se détache de l’imamat rostémide. L’émir aghlabide Abu ‘l-‘Iqal entreprend en l’année 838/39 l’action contre les tribus berbères-ibadites habitant la Tunisie du Sud, ce qui abouti, après un certain temps à la réunion de ce territoire à l’Etat des Aghlabides 36. Son successeur Abu ‘l-‘Abbas (840/41 – 856/57) essaie de déplacer les frontières de son Etat à l’ouest jusqu’à la proximité de Tahert en fondant là, la ville al-Abbasiya. C’est ensuite seulement qu’avec l’aide des Omayyades espagnols Aflah réussit à repousser le danger qu’il court de ce côté et à incendier en 853/54 al-‘Abbasiya 37. Après la mort d’Aflah le déclin de l’Etat des Rostémides se poursuit. non seulement les dernières provinces de lE’st de cet Etat se détachent et parmi elles le plus fidèle bastion Gabal Nafusa en Tripolitaine qui tombe sous les coups des Aghlabides en 896 38 , mais aussi dans le centre même de l’Etat règne le désordre. Tahert lui-même devient dans la seconde motié du Ixe siècle le spectacle de longs et acharnés combats intérieurs 39, dont profitent même les Banù Masala pour conquérir cette ville, siège d’une famille détestée par eux 40. Cependant la chute définitive l’Etat des Rostémides et de Tahert ne fut pas causée uniquement par les luttes intérieures dans lesquelles les Banu Masala ont joué un rôle si important, mais elle fut l’œuvre des Fatimides qui détruisent définitivement en 908/909 ce petit Etat déjà très réduit qui subsistait de l’ancien et fameux imamat des Rostémides 41. Tout semble démontrer qu’à cette occasion perdent aussi leur indépendance les tribus berbères-ibadites habitant le territoire nord-est du département d’Oran et parmi elles aussi les Huwwara. Les persécutions fatimides de 910/911 ont forcé ces tribus à abandonner les doctrines de la secte ibadite et à embrasser les croyances chiites 42.

Ainsi se présent l’histoire du petit Etat que crée la tribu de Hawwara presque au centre du puissant imamat des Rostémides ainsi que la participation de cet Etat à la chute de l’imamat qui, effectivement, survint encore avant que l’armée des Fatimides lui ait porté le coup définitif.

Je pense, que ces circonstances justifient suffisamment le fait de m’occuper de ce problème dans le présent article qui avait principalement pour tâche de jeter un peu de lumière sur cette époque qu’on peut considérer comme appartenant encore à la période que le renommé historien français E.F. Gautier appelle avec justesse 33les siècles obscurs du Maghreb“43.

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1.Description de l’Afrique Septentrionale par Abou-Obeïd –el-Bkri Texte arabe ed. De Slane, Deuxième édition, Paris 1911 (= El Bckri Description de l’Afrique, texte ar.), pp. 67-68, Description de l’Afrique septentrionale par el-Bkri . Trad. Mac Guckin de Slane. Edition revue et corrigée Alger 1913 (= El –Bekri, Description de l’Afrique, trad.) pp. 139-141 ; Chronique d’Abou Zakaria, trad. Par E. Masqueray, Alger 1878 (= Masqueray, Chronique d’Abou Zakaria), pp. 49-56 ; Chronique d’Ibn Saghir sur les imam rostémides de Tahert ed.A. de C.Motylinski, Actes du XIV Congrès International des Orientalistes Alger 1905. Troisième partie, Paris 1908 (= Ibn Saghir, Chronique), pp. 1216 (texte ar.) et pp. 63-72 (trad.) ; Ibn Khaldoun. Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique septentrionale, tard. Par de Slane. Nouvelle édition publiée par P. Casanova (= Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères), t. I, Paris 1925, p. 220 ; H Fournel, les Berbères, t. I, Paris 1875, P. 387 ; G Marçais, Rustemiden, Enzyklopaedie des Islam, t.III Leiden-Leipzig 1936, p, 1283 ; T.Lewicki, La répartition géographique des groupement ibadites, “Rocznik Orientalistyczny“, XXI, 1957, p, 309.

2. Masqueray, Chronique d’Abou Zakaria, pp, 57-154 ; Ibn Saghir, Chronique, pp. 16-23 (texte ar.) et pp. 72-81 (trad.) ; Lewicki, Répartition géographique des groupements ibadites, pp. 309-311 ; Les historiens, biographes et tra ilionnistes ibadites-wahbites de l’Afrique du Nord du VIIIe au XVIe siècle. “Folia Ori dntalia“, 1961, Krakow 1962, pp. 13-16.

e Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, t. I, p. 224 (et correction dans Fournel, Les Berbères, t. I, p. 384, note 6).

4. Ibn Khaldoun, l.c. ; Fournel, Les Berbères, t. I p. 387.

5. Ibn Saghir, Description de l’Afrique, texte ar, pp. 66,57 et 75 ; trad., pp. 137,139 et 154 ; Ibn Khaldoun , Histoire des Berbères, t. I, pp. 220, 234 et 241 ; Ibn Saghir, Chronique, pp. 20, 27, 50 et 52 (texte ar.) et pp. 78, 115, 117 et 86-87 (tard.).

7. Lewicki, La répartition géographique des groupements ibadites, p. 310 ; Georges Marçais, La Berbères au IXe siècle. Mélanges d’histoire et d’archéologie de l’Occident musulman. T. I : Articles et Conférences de Georges Marçais, Alger 1957, p. 47

8. Lewicki, La répartition géographique des groupements ibadites, p. 27.

9. Lewicki, l.c.

10. Voir à ce propos ; Lewicki, La répartition géographique des groupements ibadites, pp. 310-311 et passim ; Les Ibadites en Tunisie au moyen âge. Accademia Polacca di Scienze e Lettere. Biblioteca di Roma. Conferenze, fascicole 6 Rome 1959, Passim ; Un document ibadite inédit sur l’émigration des Nafusa du Gabal, “Folia Orientalia“, II, 1960, Krakow 1961, pp. 175-191.

11. Ibn Saghir, Chronique, pp. 16-17 (texte ar.) et p. 73 (tard.).

12. T. Lewicki, Les subdivisions de l’Ibadiyya, “Studia Islamica“, fasc. IX, Paris 1958, pp. 71-82.

13. T. Lewicki, Al-Nukkar, Encyclopédie de l’Islam 1ere ed, Suppl., pp. 185-186 ; Masqueray, Chronique d’Abou Zakaria, pp. 80-115.

14. Ibn Saghir, Chronique, pp. 20-21 (texte ar.) et pp. 78-79 (tard.).

15. Ibid., pp. 21-23 (texte ar.) et pp. 79-81 (trad.).

16. Description de l’Afrique et de l’Espagne par Edirîsî. Texte arabe publié… avec une traduction par R. Dozy et M. J. de Goeje, Leyde 1866, texte arabe p. 85 et trad. Franç. P. 98.On retrouve le nom de Gabal *Tigan dans celui de Gabal *Tugan (mss., ,فرحان فرعان, فرحان pour توجان ) cité dans un autre passage de l’ouvrage d’al-Idrîsî (texte ar., p. 83, trad. Franç., p. 95) comme l’appellation d’une montagne située sur la route menant de al- Ma’askar (Mascara) à Ilil (l’HIlil).

17. Ibn Saghir, Chronique, p. 23 (texte ar.) et p. 81 (tard.).

18. G Marçais, Rustemiden, p. 1285 ; Lewicki,Les historiens, biographes et traditionnistes ibadites…, pp. 100-101.

19. Ibn Saghir, Chronique, p. 39 (texte ar.) et p. 102 (tard.).

20. Ibid., p. 11 (texte ar.) et p. 65 (trad.).

21. Ibid., p. 11 (texte ar.) et p. 65 (trad.).

22. Ibid., pp. 39-40 (texte ar.) et p. 102 (tard.).

23. Ibid., pp. 40-41 (texte ar.) et pp. 103-104 (trad.).

24. Voir supra, p. 9

25. Kitâb al-Boldân auctore Ahmed ibn abi Jakûb ibn Wadhih al-Kâtib al-Jakûbî, Biblioteca geographorum arbicorum, ed. M.J. de Goeje, 2eme édition 1892, pp. 355-356.

26. Ibid., p. 356.

27. El-Bekri, Desdription de l’Afrique, trad., p. 160 et note 7 ; H. Fournel, Les Berbères, t. II, Paris 1881, p. 289.

28. Ibid., texte ar., p. 143 ; trad., p.274.

29. Kitâb al-Boldân, ed. de Goeje, p. 356.

30. G. Marçais, La Berbères au Ixe siècle, p. 47.

31. Les Guides bleus. Algérie, Tunisie, Tripolitaine. – Malte. Publié sous la direction de Marcel Mon marché, Paris 1927, p. 95.

32. El-Bekri, Description de l’Afrique, texte ar., p. 69 ; trad., p. 143.

33. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, t. I, 281.

34. El-Bekri, Description de l’Afrique, texte ar., p. 67 ; trad. P. 139 (au sud de Tihart-la-neuve, capitale des Rostémides) ; Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, t. I p. 21. Sur les Huwwâra dans le voisinage immédiat de la Mina voir Ibn Saghir, Chronique, p. 44 (texte) et p. 108 (tard.).

35. Ibn Saghir, Chronique, p. 27 (texte ar.) et pp. 86-87 (tard.).

36. Fournel, Les Berbères, t. I, pp. 507-508 ; Lewicki, Les Ibadites en Tunisie au moyen âge, pp. 6-14. Les autres arabes sunnites considèrent l’annexion aghlabide de la Tunisie du sud comme une victoire remportée par l’armée d’Abû ‘IqâL sur les tribus berbères révoltées contre les Aghlabides.

37. Voir Fournel, Les Berbères, t. I, pp. 513-514 et les sources arabes citées par cet auteur.

38. Lewicki, La répartition géographique des groupement ibadites pp. 329-330 ; voir aussi Fournel, op. cit., t. I, p. 575 ; F. Béguinot, Al-Nafusa, Enzyklopacdie des Islam, t. III, p. 898.

39. Ibn Saghir, Chronique, pp. 31-41 (texte ar.) et pp. 91-104 (tard.).

40. Voir plus haut, p. 11.

41. Masqueray, Chronique d’Abou Zakaria, pp. 217-221 ; El-Bekri, Description de l’Afrique, texte ar., p. 68 et tard., pp. 139-140 ; Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, t. I, p. 243 ; Fournel, Les Berbères, t. II ; pp. 90-91 ; G. Marçais, Rustemiden, p. 1283.

42. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, t. I, p. 244.

43. E. F. Gautier, Le passé de l’Afrique du Nord. Les siècles obscurs. Paris 1952.

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