Etude sur le waqf Abadhite et ses applications au Mzab

Les travaux fondés sur les sources ibadites constituent un phénomène trop insolite, pour ne pas attirer une attention toute particulière, L’on n’ignore pas que l’étude du monde ibadite n’en est, à vrai dire, que dans sa phase initiale ; en effet, les sources n’en ont encore «été que fort peu examinées, pour la simple raison qu’elles se trouvent, en majeure partie, soit inconnues, soit même inaccessibles à la science. Le monde ibadite présente donc, jusqu’à nos jours, un véritable terrain vierge, ou de studieuses recherches d’une série de savants seront nécessaires, pour combler les innombrables lacunes dont fourmille cette section si curieuse et si importante du domaine de l’Islamisme. Aussi est-ce avec gratitude que nous devons accueillir le travail de M. Mercier, qui contribue à enrichir la connaissance du droit ibadite, par l’étude du wakf ibadite, sujet auquel personne n’a encore touché avant lui.

M. Mercier appuie avant tout son travail sur les autres ibadites dont il présente, dans la 3e partie de son ouvrage, les textes, traduits in extenso.

L’analyse de sujet même est divisée en deux parties principales distinctes. La 1re nettement théorique vise l’ensemble du monde ibadite, occidental et orienta (pp. 33 -103) ; elle contient toutes les observations et les remarques déduites de l’analyse des textes groupées en 3 chapitres dont chacun envisage un certain côté de la question du wakf. Ainsi, le 1er chapitre (pp. 33-66) s’occupe des origines de cette institution ; l’auteur y cherche à définir le principe du wakf, en passant en revue ses caractères les plus marquants et forme empruntée pour son établissement Le 2me chapitre (pp. 67-90) est consacré au détail des questions relatives aux personnes du constituant et des bénéficiaires, et réunit ces questions en deux groupes particuliers. Le 3me enfin (pp. 91-103), l’auteur le dédie à l’examen des fins que peut se proposer le wakf, et ensuite à l’administration de celui-ci, le tout considéré toujours au point de vue théorique. Quant à la seconde partie principale (pp. 105145), elle donne connaissance du côté pratique du problème, à savoir de la façon dont le wakf était appliqué chez les ibadites du Mzab. L’auteur en décrit le caractère spécial (pp. 105-119), considère la nature des objets qu’il a en vue, et qui sont définis dans le M’zab par les hubus proprement dites et les nubas ; ensuite, il explique (pp. 119-125) le côté administratif de cette institution et passe en revue les divers types de bénéficiaires, tout cela au point de vue exclusivement pratique, selon l’état actuel de la question dans le M’zab. Ces matériaux, il les complète (pp. 125-129) par des précisions sur la posture de la France dans la question du wakf dans le M’zab, réglée par un acte de l’an 1882, en vigueur encore aujourd’hui. Cette partie est encore pourvue de quelques actes provenant du Mahatma ibâdite de Gardaja (pp. 131-139), concernant les hubus des XIXe et XXe siècles, reproduits en traduction française et rendus plus intelligibles (pp. 140145) par les observations de l’auteur et par un commentaire qui complète les matériaux de la deuxième de la deuxième partie principale. La troisième partie (pp. 147-184) contient, comme je l’ai déjà mentionné, la traduction française des textes ibâdites relatifs au wakf (pp. 147-179), et nommément : chapitre IV, sur le hubus testamentaire du kitâb al-Idah du sajh ‘Amir b. ‘Ali. Consultation touchant le hubus du sajh Abu’l- Abbas Ahmed ns-Samahi. Consultation relative au hubus du sajh Sa’id b. Jahja alGadawl. Livre X.VI, chap. Sur le hubus du Kitab an-Nil du sajh ‘Abd al-Aziz et Sarh Kitab an-Nil, 6e vol, livre XVI, sur les testaments du sajh Muhammad Atfias. A tous les testes détaillés ci-dessus, se trouve encore ajoutée (pp. 180-184) une fatwa de l’année 1924 du Kadi ibadite de Gardaja, relative au hibus, traduite en français et exceptionnellement accompagnée du teste arabe. L’ouvrage se termine par une Conclusion (pp. 185-188) qui présente les vues de l’auteur, déterminées par l’étude de des textes.

Il débute, d’autre part, par une Introduction (pp. 9-31), embrassant également un chapitre sur les auteurs et les ouvrages de ceux-ci, qui ont servi de base à son travail. Après des observations générales ; puisées dans l’histoire des ibadites, M. Mercier caractérise le principe du droit tel qu’il existe chez eux, ainsi que les méthodes appliquées par eux en matière de jurisprudence. Il énumère ses sources, donne la biographie de leurs auteurs et cherche à analyser, dans la mesure de son possible, les matériaux ibadites à sa disposition. Il y ajoute enfin quelques remarques générales sue la littérature ibadite judiciaire.

S’il nous fallait apprécier au point de vue analytique le travail de M. Mercier, nous reconnaîtrions en toute loyauté que, dans la limite des ressources dont il disposait, il a fait un ouvrage plein de mérites. Il a consciencieusement élaboré, dans ces limites, tous les matériaux qu’il a pu recueillir concernant le wakf ibadite, en juriste consommé qui sait appliquer son expériance à une analyse objective. Mais, tout en jugeant a sa juste valeur l’effort de l’auteur et service réel qu’il a rendu à la science par l’étude d’un problème encore parfaitement inconnu, nous ne pouvons accueillir son travail que comme un sondage préliminaire, qui ouvre la voie a une étude définitive et complet du sujet. Ceci est juste surtout lorsque nous considérons en relation avec la totalité du monde ibadite, que d’ailleurs M.Mercier avait en vue, à en juger par le titre de son livre et par l’analyse théorique de l’institution du wakf, consignée dans la 1re partie principale. Cette restriction, toute naturelle, me paraît indispensable, la littérature ibadite du domaine judiciaire, ainsi que celle des domaines limitrophes auxiliaires, étant encore très peu connue, et même pour la plupart inaccessible aux savants européens ; ce qui fait que M. Mercier n’a pu mettre à profit, dans une large mesure, les écrits des auteurs ibadites, orientaux et occidentaux. Ce n’est qu’une fois que toute ces conditions auront été réalisées et, ensuite, après l’application aux sources, ainsi connues, d’une critique judicieuse, dont à l’heure qu’il est il serait impossible de tirer parti dans toute son étendue, – ce n’est qu’alors, disons-nous, que les conclusions générales acquerront une valeur scientifique inébranlable, et que tous les résultats obtenues dans ce domaine pourront être traités par une méthode synthétique de large envergure.

L’auteur constate lui-même, et avec raison , les difficultés que présente la synthèse des matériaux (pp. 17-18) dont il avait l’accès, ces difficultés résultant du caractère tout spécial de l’interprétation du droit ibadite qui, contrairement à l’interprétation orthodoxe « n’obéit plus à des règles aussi rigoureuses ». M. Mercier constate que le mécanisme de cette science est faussé par les ibadites, et que, dans ces conditions, « il est extrêmement dangereux de vouloir dégager une théorie ou une doctrine quelconques, du problème envisagé ».

Quelle que soit le justesse des observations de notre auteur, je n’en ai pas moins l’espoir que ces difficultés pourront perdre jusqu’à un certain degré, de leur acuité, une fois que les circonstances que nous venons d’énumérer auront véritablement trouvé leur application.

Passons à présent en revue les matériaux dont M. Mercier s’est servi pour son travail. Notons en commençant que, 1e, tous les auteurs appartiennent aux ibadites occidentaux et, 2e, à la période de la littérature moyenne et nouvelle, le dernier de la liste (p. 7) étant même contemporain.

Il ne demeure aucun doute aujourd’hui que la littérature ibadite, ne doive être considérée que comme un seul tout, qui possède, indéniablement, une importance égale pour le monde ibadite tout entier. Quand aux ibadite eux-mêmes, bien qu’épars jusqu’aux limites extrêmes de l’univers musulman, ils forment une unité liée de liens étroits. La conscience de cette unité, depuis la formation de nombreux foyers ibadites les sources ibadites n’ont jamais cessé de la mettre en relief. Les preuves on fourmillent jusqu’à nos jours. Cette communauté dut infailliblement s’accentuer avant tout dans la sphère intellectuelle. On peut constater, en effet, que toute la littérateur ibadite, judiciaire et religieuse, est issue de tradition communes,qui s’étaient cristallisées à l’aube encore de l’ Islam, particulièrement à Basra. Ce fait là que le travail commença, se développant ensuit à ‘Uman ou, vers la fin du III H., il mit un certain ordre dans les traditions et élabora dans une certaine mesure de système de la dogmatique du droit ibadite. Ainsi, tous les écrits littéraires ibadites, depuis les temps les plus reculés y compris ceux de l’époque du Tahart, disparus presque complément, ont eu pour point de départ, et l’ont encore aujourd’hui précisément cette littérature ancienne qui en est, par conséquent, la source primordiale.

Il est donc tout naturel que les matériaux mis à profit par M. Mercier, nous rencontrons, comme d’habitude, des citations d’écrivains soit orientaux, soit occidentaux ; et aussi, comme dans ce cas particulier, des mentions puisées aux sources primordiales, c’est-à-dire aux travaux de l’époque antique, base primitive de la littérature ibadite. Nous y rencontrons, non seulement de simples citations, mais des passages entiers de deux autorités de l’orient : Abu’l –Murug et Abd Allah b. Abd al -Aziz (tous deux du II H . ) , en particulier de ce dernier , que l’on retrouve dans la source ou M . Mercier puisa fréquemment, dans le Kitàba al – Idàh – ce qui d’ailleurs ne prouve point encore ainsi que le croit notre auteur (v. pp . 23 et 24 ) que les matériaux dont il se sert soit tout à fait suffisants pour l’illustration théorique du wakf également en Orient, c’est à dire dans l’ensemble du monde ibadit .Nous allons même constater,que tous les ouvrage et autorités cités, dans les matériaux de M. Mercier datant de l’ancienne littérature ibadite, sont de provenance orientale et plus d’une reprise, s’il n’en mentionne pas la source, des passages entiers, à ce qu’on peut vérifier, sont souvent également empruntés à des écrivains orientaux. La mention que fait Mercier, par ex. de la définition du wakf, qu’il n’a rencontrée que chez Atfias (p. 44) est empruntée au Diwan de Abu Ganim, ce que l’auteur soupçonne d’ailleurs lui-même avec raison (p. 45). Le Kitab an-Nil semble faire exception les matériaux de M. mercier, vu qu’il donne en grande partie le résumé de travaux d’écrivains occidentaux ; mais ceux-ci à leur tour, comme nous allons le voir, ne de sont servi, presque exclusivement, que de travaux d’auteurs orientaux.

Cependant, malgré la communauté générale de la littérature

Ibadite qui, au surplus s’appuie principalement sur des sources primordiales et des autres orientaux, il est indispensable de consulter directement les oeuvres d’écrivains précisément orientaux, dont les noms ne figurent pas sur la liste des sources de M. Mercier. Cette nécessité se fait d’autant plus sentir, que le wakf appartient à un de ces terrains exceptionnels du domaine juridique ou il y avait dans le monde ibadite, une certaine divergence entre l’Orient et l’Occident. Cette divergence dut produire des interprétations différentes, résultant de ce que le Kuran (S. IV) mit en question la légalité de l’institution du wakf. Ici donc, les matériaux ibadites orientaux seraient directement nécessaires et, notamment, sans citer d’autres auteurs de première importance du II et III H, le Diwan de Abu Ganim dont une copie se trouve exceptionnellement au M’zab. Cela permettrait à M. Mercier de donner un tableau plus complet du développement des idées sur l’institution du wakf en Orient, et aussi de prendre une connaissance plus pleine de la façon dont on l’appliquait. Bien que cette divergence essentielle semble disparaître plus tard, Lorsqu’au X H. l’Occident adopte la thèse orientale, comme nous l’apprend l’auteur lui-même (p. 34) – néanmoins les matériaux puisés dans la littérature orientale nouvelle seraient tout aussi nécessaires, car l’Orient subir, de même que l’occident, des courants réformateurs qui exercèrent aussi leur influence sur les ouvrages de jurisprudence. Dans ces conditions, une source telle que Salimi n’aurait pas moins d’importance que Atfias dont l’auteur a si largement profité. De plus l’exploitation des matériaux orientaux provenant surtout de l’époque nouvelle jetterait une plus vive lumière sur l’organisation même de l’institution du wakf sous sa forme définitive en Occident, ou l’auteur constate lui-même (v. p. 24) dans ses textes du Nil, de Atfias, de al-Gadawi, « l’exemple de contradictions fréquentes qu’il faut comprendre et expliquer par l’influence simultanée des anciens auteurs et des juristes renouvelées ». il serait peut-être alors possible de saisir, dans ces contradictions leurs motifs essentiels.

M. Mercier s’est ainsi borné aux matériaux des auteurs occidentaux et de la période littéraire moyenne et nouvelle, comme je l’ai déjà indiqué. Il faut donc constater L’absence des sources plus reculées telles que les écrites de Abû Ja’Kub al-warglant et avant tout le Diwan al-Msa’ih, et M. Mercier lui-même a dû plus d’une fois regretter l’ignorance. S’il l’eût connu, il lui eût probablement été plus facile de déterminer, dans ses détails, l’attitude primitive des ibadites occidentaux dans la question du wakf. A part cala, il faut reconnaître que le choix des matériaux dans les strictes limites de la littérature occidentale moins ancienne est tout à fait réussi. Car d’une part, les matériaux tels que Idah fixent, dans une certaine mesure, les opinions primitives des ibadite sur la question du wakf, tandis que le texte de Sainahi et les suivants nous font assister au changement de ce point de vue ; et, d’autre part, les textes de la période littéraire plus récente ont permis à l’auteur de prendre en considération les courants réformateurs en Occident, principalement dans leur dernière phase.

Voyage maintenant quelles sont les autorités citées dans les matériaux dont fait usage M. Mercier. Il ne nous donne de brèves informations que relativement aux deux sources (p. 23), et cela : à Abul-Murug et à Abd Allah b. ‘Abd al-Aziz, tous deux autours orientaux, du II H. Il fait ensuite mention (p. 29) de l’ouvrage Tug de ‘Abd al-Aziz, écrivain occidental, et enfin il mentionne (pp. 50 et 80) Abu Ishak Ibrahim al- Hadrami, auteur oriental. En revanche, malheureusement, il ne fournit aucun renseignement sur toute une série d’autres sources citées dans ses textes. Comme il s’en rapporte, d’une manière indirecte à certains de ces sources (pp.54, 76 etc.) en analysant les données qu’il y puise, et que ce sont des ouvrages et des auteurs tout à fait inconnus du monde savant, il eût fallu en préciser au moins quelque indices minimes. En comblant cette lacune, j’ai pu me convaincre, qu’à part le Tag de ‘Abd al-Aziz et de rares citations des mêmes matériaux de M. Mercier, toutes les sources citées des textes ancienne orientale.

Abû Ganim (cit. Atfias, p. 163) – dont le nom, établi en entier, est Abû Ganim Basr b. Ganim al Hurasani, visita le Tahartsous l’ imam ‘Abd al- Wahhab qui régna entre les années 163 H. (780) et environ 200-205 H. (815-820) (les dates exactes ne pouvant être fixées) ; il appartient donc à la 2de moitié du II H. Auteur d’un travail considérable, composé de 12 parties, en manuscrit, nommé le Diwan, le plus ancien des traités connus en matière de jurisprudence générale, selon l’enseignement de Adû ‘Ubajda Muslim, et Dammâm, transmis par l’intermédiaire de ses disciples. Ms. au M’zab, mais une plus ancienne et plus correcte se trouve, ainsi que je puis m’en rendre compte, à Zuara en Tripolitaine. (Sâlimi, al-Lam’a, pp. 186 197 – 198 ; Dargini, Tabakat, ff. 106 v. 108 r. ; Samahi, Siar, p. 228).

Abû ‘Abd Allah Muhammad b. Mahbub al-‘ArsI (cit. Abû ’l-‘Abbas as-Samahi; p. 157) de l’Uman, dans la 1re moitié du III H. y a joué un rôle politique important; il fut un des chefs des partisans de as-Salt b. Malik (237-273 H) lors de son installation comme imam ; depuis 249 H. (863) Kadi en chef à Sahhar jusqu’à sa mort en ce même lieu en 260 H. (873) Atfias (Risala, p. 179) fait erreur en le plaçant en 2de moitié du III H. Auteur du grand ouvrage Sira, contenant, à ce qu’on prétendait, 70 paries, perdues pour la plupart probablement je n’en possède que certains fragments ou se trouvent rédigées les prescriptions religieuses auxquelles doivent les fidèles ainsi que les instructions imposées aux imams, généralement, à tous les directeurs de la vie spirituelle des croyants. (Salim, al-Lam’a, pp. 182, 200 ; Slimi, Tahfa al-Ajan, I, p. 127 et suivi, Siar al-Umanja, ff. 268 r., 272 r.v.)

Ibn Gafar. Son nom se laisse établir en entier ; Abu Gabir Muhammad b. Gafar al-Azkawi de l’Umam, mort en 281H. Il appartenait au parti de l’imam as-Salt b. Malik, prenant part aussi, en dehors de son travail de savant, aux événements politiques du temps. Auteur du kitub al-Gami, généralement nommée Gami Ibn Gafar pour le distinguer des autres ouvrages intitulées Gami, en trois tomes, en manuscrit. Il en existe un commentaire, rédigé par Abu Muhammad Abd Allah b. Baraka (Salimi, al-Lam’a, p. 210 ; Siar al-Umamja, f. 271 r.).

Abû’l Hawari (cité Atfas, pp. 167 -168). Son nom entier : Abû’l Hawrl Muhammad b. al-Hawari, de la fin du III H., se distingua dans l’existence politique de l’’Uman. Auteur de deux ouvrages : al-Gami, un gros volume en manuscrit traite de questions de croyance et de juridiction ; et de Sira ilâ Ahl Hadramawt, traite des événement en ‘Umân, également en manuscrit (Sâlimi, al-Lam’a, p. 218 ; Salimi, Tahfa al-Ajan, p. 153 ; Siar al ‘Umânija, f. 268 r).

Kitab ad-Dija (cit. Abu’l-‘Abbas as—Samahi, p. 157et qui se trouve rapporté par M Mercier, p. 54) titre que nous rencontrons dans le catalogue de al Barradi (v. Motylinski, Bibliographie du M’zab, n° 25), sans mention d’auteur; le traducteur ne le nomme pas non plus. L’auteur de cet ouvrage, consistant en 24 parties en manuscrit et traitant de questions de droit religieux, est, sans doute, Abu Ibrahil Salma b. Muslim as-Shari. Il a dû vivre au déclin du IV ou au V H. : nous ne trouvons point aux sources d’indices directes. Il acquiert l’autorité d’un des plus fameux fakihs défenseurs de la tradition. (Salimi, al-Lam’a, pp.203, 320 ; Siar al-‘Umanja, f. 271 r.).

Abû Ishak Ibarahim b. Kajs al-Hadrami (cit. Abû’l-‘Abbas as Samahi, p. 155) vécut dans la 2re moitié du V H., naquit en Hadramawt et y passa la plus grande partie de sa vie. Il en fut longtemps gouverneur. Il se fit aussi connaître comme fakih éminent. Son ouvrage le plus important, auquel s’en rapporte M. Mercier (pp. 50, 84, 86) : Kitâb al-Muhtasar al-Hisal, sorte de traité droit religieux, fut litographié en Egypte, et aussi à Zanzibar.Sâlimi l’a transposé en vers et l’a fait imprimer sous le titre de Madarig al-Kamâl. Il est aussi l’auteur de Diwan as-Sajf an- Nakâd publ. En Egypte en 1324 H. et précédé d’une biographie de l’auteur, composée par Sulajman al-Baruni. Ce Diwan est un recueil de Kasidas en mètres divers, traitant d’événement contemporains à l’auteur dans l’’Uman et Hadramawt. (Salimi, al Lam’a, p. 221 ; Tahfa al-A’jan I , pp. 236-239 ; préface du Diwan citée ci-dessus, 8 pages).

Telles sont justement les sources cités que trouve dans les textes de M. Mercier.il va sans dire qu’elles sont loin d’épuiser tous les matériaux dont se servaient les auteurs correspondants et dont ils passent les sources sous silence.

Je passe à présent aux auteurs des œuvres desquels tire partie M. Mercier, et sur le compte desquels il nous communique un certain quantum d’informations bio-bibliographiques. Si je ne considérais strictement que le but que l’auteur s’est proposé dans son ouvrage, je m’en tiendrais simplement à la correction de certaines erreurs commises par lui. Mais je me suis placé à un autre point de vue. La littérature ibadite en général, et la partie judiciaire spécialement sont si peu connues et d’un abord si difficile pour notre science, que j’ai cru utile de compléter, dans les limites de ce compte-rendu, les informations de cette catégorie rapportées dans le livre de M. Mercier. Il me faut surtout m’arrêter avec insistance sur la personne de ‘Abd al-‘Aziz, car, dans la nouvelle littérature ibadite, il occupe, spécialement. D’ailleurs, M. Mercier, lui consacrant une attention particulière, m’y oblige lui-même.

Aucun des textes jbadites ne nous donne l’année de la naissance de cet auteur. Considérant toutefois que l’année de sa mort (1223 H.) n’est point mise en doute, ni le fait qu’il mourut à un âge très avancé, à plus de 90 ans (V. Atfias, préface d’un commentaire inachevé de Ma’alim ad- Din, ouvrage de ‘Abd al-‘Aziz), nous pouvons ado^ter l’an 1130 H. comme date approximative de sa naissance, et non aux environs de 1133 H., comme le calcule M. Mercier (p. 25) ni d’autant moins, 1167 H, comme le prétend Zeys. D’ailleurs Motylinski déjà admet à juste titre que ‘Abd al-‘Aziz naquit vers 1130 (v. Encycl. De l’Islam, I , p. 35), et dans l’ouvrage de ‘Abd al-‘Aziz : Takmila an-Nil, publié à Tunis en 1344 H. par Muhammad at-Tmini , descendant de ‘Abd al-‘Aziz, cette date est citée dans l’avant-propos.

Il n’y a pas de certitude que notre sajh ait fait ses études à Garba, comme l’affirma M. Mercier (p. 25) ; nous avons des preuves de son séjour à Wargla, ou il passa une longue période de sa vie En son âge viril, il ne possédait encore que des connaissances élémentaires. Il développait son activité de préférence dans le commerce et l’agriculture, se passionnant pour les courses de chevaux (v. la préface de ‘Abd al-‘Aziz dans son travail : Ta’azum al-Muwaggain ‘ala Marg al Bagrain, en manuscrit). L’intérêt pour la science ne s’éveille en lui que relativement assez tard, vers la quarantaine (v la préface de ‘Abd al-‘Aziz dans son travail Ma ‘alim ad-Din, en manuscrit), lors de l’arrivée de Garba à Bani Jasgan du sajh Abû Zakarja’ Jhja b. Salih. C’est à cette époque que ‘Abd al-‘Aziz se rendit à Bani Jasgan pour y faire ses études sous la direction de ce sajh, qui fut désormais son inique maître et à l’érudition duquel il ne ménage pas ses éloges (v. p. 3,préface de ‘Abd al-‘Aziz à son Kitab an-Nil). Pour ce qui est du disciple lui-même, non seulement il faut qualifié de premier parmi les élèves du sajh Abû Zakarja, mais il passe aujourd’hui, dans l’opinion des ibadites, pour un des plus grands savants qui jamais existèrent dans le M’zab (v. Atfias, Sarh Kitab an-Nil, vol.I. p. 15). Quoique reconnu, de son vivant encore, pour un savant éminant, il dut cependant éprouver plus d’un revers de fortune, subir plus d’une épreuve cruelle. Ses écrits principaux virent le jour à une époque de sa pleine de soucis et de tourments (v. p. 4, préface de ‘Abd al-‘Aziz à son Kitab an-Nil ; est aussi Atfias, op. cit, I, p. 20). A titre de éminent, ‘Abd ai-‘Aziz fut investi de la haute charge de sajh des azzaba, ou président du halka. Les Daftars fixent la date de ce fait en 1201 H. On ignore si A’bd al-Aziz remplit longtemps cette fonction ; en tout cas, il continua à exercer jusqu’à sa mort une influence considérable sur la société contemporaine, jusqu’à ce qu’un âge très avancé le contraignit d’abandonner sa charge (v. Daftars ; v. aussi la préface de l’éditeur de Takmila an-Nil, de ‘Abd al-‘Aziz). Après avoir donné sa démission, il se livra entièrement à l’étude et vécut encore plusieurs années, dans une solitude absolue (v. la préface déjà citée de l’éditeur de Takmila). Il eut plusieurs élèves, parmi lesquels son neveu, le sajh al-Hagg Ibrahim b. Bahman, mérite une mention particulière. Celui-ci a dédié un Kasidas à son maître ou il déplore sa mort et immortalise son souvenir.

Quant aux travaux de ce fameux personnage, M. Mercier constate (v. p. 26) que « l’œuvre de ce saint abadhite est immense ; elle compte plusieurs ouvrages considérables, parmi lesquels une dizaine sont particulièrement importants ». il donne ensuite une liste des titres (traduite en français) de dix de ses travaux obtenue du Kadi de Gardaja (Bufara), « en marquant d’un astérisque ceux déjà signalés ». Or, il est permis d’affirmer sans risque d’erreur qu’en tant qu’il s’agit d’ouvrages plus considérables, il faut en fixer le nombre à 12 et l’authenticité n’en présente aucun doute. Quelques savants du Mzab joignent encore à cette liste, dont je vais énumérer les titres ci-dessous, une dissertation astronomique (Kitab al-Falak), qui d’ailleurs m’est inconnue. Il existe en outre quelques opuscules de moindre étendue, que l’on attribue à ‘Abd al-‘Aziz avec une certaine vraisemblance ; tel par ex. le petit poème publié moi dans le RO, II, pp. 260 -268. Né anmoins, ni pour celui-là ni pour quelques autres, nous ne possédons aucune certitude.

D’autres savants, avant M. Mercier, avaient déjà dressé la liste des travaux de ‘Abd al-‘Aziz ; ce sont Zeys, Motylinski et en dernier, l’éditeur du Takmila an-Nil (v. sa préface), Muhammad at-Tamini. La liste de Zeys (Législation mozabite, p. 46) ne doit pas être prise en compte. Non seulement elle n’est pas complète et pèche par l’inexactitude de quelques titres, mais elle contient encore d’autres erreurs. Elle admet par ex. les N° 7 et 8 (énumération de Zeys) comme deux œuvres distinctes, tandis qu’il ne s’agit que seul ouvrage (v. le n° 5 de ma liste). Seule, la liste de Motylinski (Encycl. de l’Islam, I, p. 35) reproduit généralement avec exactitude les titres arabes, mais sans les épuiser tous.

Comme M. Mercier aborde lui-même la question des travaux de ‘Abd al ‘Aziz, je crois utile d’en reproduire la liste encore une fois, mais avec exactitude, précision et de façon complète absolument avec les titres arabes. De plus, comme les travaux de ‘Abd al-‘Aziz ont un caractère éminemment compilatif (résumés pour la plupart d’autres compilations énormes et d’un accès difficile), j’estime nécessaire d’en indiquer en même temps toutes les sources. En ce qui concerne son principal ouvrage,- Kitab an-Nil, -M. Mercier en indique bien les sources (pp. 27 – 28), mais il ne se limite pour la plupart qu’à noter les noms des auteurs obtenus de son propre aveu, de Si Bufara. Or, ceci avait déjà été l’objet d’une étude sommaire du sajh Atfias (v.op. cit préface, pp. 27-28), ou sont indiqués les auteurs, sans spécification des ouvrages ayant servi comme sources au Kitab an-Nil, J’énumérerai donc, en parenthèse du Kitab an-Nil, celle des sources qui n’ont été spécifiées ni par Atfias ni, par conséquent, par M. Mercier.

Kitab an-Nil wa Sija al-‘Alïl, autogr. En Egypte, I-II, 1305 H., (le § X a comme source : Kitab an- Nikah, du sajh al-Ganawani, autogr. au Caire avec glose marginale du sajh Muhammad Abu Satta, 1 vol. Le § XVII provient du Kitab al-Ahkam, du sajh al-Ganawani, en manuscrit. Le § XIX doit, je crois, avoir pour source le Kitab as-Sira fi d-Dima, et le § XXII du Kitab Tabjin Afal ‘Ibad, tous les deux du sajh Abul-‘Abbas Ahmad al-Bakri, en manuscrit. Le § XXI du Kitab al Faraid, du sajh al-Gajtali, autogr. au Caire, 1 vol. 1305 H., avec glose marginale du sajh Jusuf al-Masabi. Le 2de hassija, inachevé a été composé par Atfias. Le 3e également inachevé, du sajh Ibrahim b. Bakr, – tous les deux en manuscrit).

Autres œuvres de Abd al’Aziz, avec indication de leurs sources.

Kitab al-Takmil libad ma Ahalla bihi kitab an-Nil, ou brièvement : Kitab Takmila’n-Nil, 1 vol., est un supplément au Kitab an-Nil, éd. A Tunis 1344 H. Sa source principale en est le Kitab Usul al-Aradin du sajh Abu’l-Abbas Ahmed al Bakri, en manuscrit.

Ktab al-Ward alBassam fi Rijad al Ahkam, éd. Tunis, 1 vol. 1345 H. C’est un précis de jurisprudence, consacré surtout à des questions de jugement et de procédure ; il complète aussi le Kitab an-Nil. La principale source en est le Kitab al-Ahlam (3 parties ff. 140 en manuscrit), partie intégrale du grand Diwan al-Masa’ih.

Kitab Ma’alim ad-Din, en manuscrit, 12 cahiers en 2 parties ; exposé raisonné de la foi ibadite, contenant une réfutation des argument fournis par les partisans des autres sectes. Les sources de cet ouvrage me sont plutôt inconnues. Le sajh Atfias que la mort empêcha de terminer le commentaire de cet ouvrage, ne dit rien non plus de ses sources. Seulement al-Tamini (v. éd. Du Takmil, introduction, p. T) en cite comme source le Kitab al-Mawafik, du sajh al-‘Adud.

Kitab al-Misbah, min Kitabaj Abi Mas’ala wa’l-Alwah, ou brièvement : al-Misbah, en manuscrit, environ 12 cahiers, est consacré aux droits de succession. C’est un résumé du Kitab al-Alwah, en manuscrit, et du Kitab Abi-Mas’ala, autrement al-Gami, éd. A Zanzibar, 1318 H., 1 vol. 145 pp. (Atfias a écrit un hasija, 2 gros. Vol. en manuscrit), dont l’auteur est le sajha Abul-Abbas al-Bakri.

Kitab ‘AIkd al-Gawagir al-Mahuda min Bahr al-Kanatir, ou brièvement : Kitab ‘Ikd al-Gawahir consacré au culte de Dieu et à la religion en général, forme un résumé du l’ouvrage connu : Kanatir al-Hajrat, du sajha al—Gajtali, autogr. au Caire, 1307 H., 3 gros vol. (494 + 459 +566 pp.).

Kitab at-Tag fi Hukuk al-Azwah, un gros vol. en manuscrit traite sur les droits et devoirs des époux. Je ne puis dire, d’une manière certaine, quelle est la source de ce travail. Selon l’avis des sajhs ibadites, c’est un abrégé de certaines parties du volumineux traité de jurisprudence, nommé al-Minhag, du sajh Hamis al-Wastani, en manuscrit. D’autres insistent sur deux traités : Katab an-Nikah et Kitab at-Talak, parties intégrales du grand Diwan al-Masa’ih, en manuscrit. Il est possible, que le Diwan lui est servi de base principale et que ‘Abd al-‘Aziz ait profité aussi du al-Minhag dans lequel il y a une partie spécialement consacrée au Nikah.

Kitab Tag al-Manzum min Durar al-Minhag (Minhag ou minhag, ou Manhag) al-Ma’lum, (chez M. Mercier, qui n’indique que pour ce seul ouvrage, comme source : « el-menham du cheikh Akhemis », probablement il y a une erreur d’impression), ou brièvement : Kitab as-Sirag, 4 gros vol. en manuscrit, est l’abrégé d’un volumieux ouvrage de jurisprudence, intitulé : Minhag at-Talibin wa Bulag ar-Ragibin, du sajh Hamis al-Wastani, en manuscrit.

Kitab Ta’azum al-Muwaggain ‘ald Marg al-Bahrain, ou bien, comme Atfias a nommé cet ouvrage, Du n-Nurain ‘ala Marg al-Bahrain, un vol. on manuscrit. C’est un commentaire inachevé de l’ouvrage intitulé Marg al-Bahrain, du sajh Abu Ja’kub Jusf al-Warglani, en manuscrit, consacré à la philosophie, la logique et la géométrie Certaines parties s’en retrouvent dans Dalil wa’l-Burhan, t, II0, pp. 85-111.

Kitab alAsrar an-Nuranija ‘ala Sarh al-Manzuma ar-Ra’ija, ou brièvement al-Asrar an-Nuranija, autogr. au Caire, 1306 H. avec le Kasida en Ra, 1 vol., 460 pp., consacré à la prière et aux rites qui s’y attachent, est un commentaire abrégé du commentaire intitulé al-Azhar ar-Rijadija ‘ala’l-Manzuma ar-Ra’ija, en manuscrit ; ce dernier est du sajh ‘Umar b. Ramadan at-Tlati sur le Kasida en Ra, nommé ar-Ra’ija, du sajh Abu Nasr Fath b. Nuh.

Kitab an-Nur, autogr. en Egypte, 1306 H., 1 gros vol., 536 pp., traite des principaux dogmes de la religion et contient une réfutation des argument des partisans de la création du Kure an. C’est un commentaire abrégé et suppléant le commentaire du sajh ‘Umar at-Talati, en manuscrit, sur le Kasida en Nuh, nommé an-Numja fi Usul ad-Din, du sajh Abu Nasr Fath b. Nuh.

Kitab Muhtasar Hawasi’t –Tartib, un gros vol. en manuscrit, est un abrégé du Kitab Hawasi’t-Tartib, aussi en manuscrit, qui est une glose marginale du sajh Abu Satta as-Sadujkasi, à l’ouvrage intitulé Turtib fi ‘Um al-Hadit, du sajh Abu Ja’kub Jusuf al-Warglani.

Quand aux autres auteurs sur les textes desquels s’appuie M. Mercier tout ce qui concerne les biographies et les travaux des sajhs Abu Sakin ‘Amir as-Samahi, et Abul-‘Abbas Ahmad as-Samahi (pp. 23, 24, 2) répond, chez M. Mercier, à la réalité des choses et se complète mutuellement avec les informations que nous fournit sur eux Bencheneb (v. Encycl. De l’Islam, III, p. 317).

Sa’id b. Jahja al-Gadawi, auteur d’une fatwa (v. p. 25), n’(a dû laisser aucun ouvrage, car il n’en reste nul indice dans la littérature ibadite. Ce personnage vécut probablement vers le XI H. Ce doit être le descendant du remarquable sajh Abu Zakarja Jahja al Gadawi, auteur du Kitab al-Wad’ (v. sur lui Samahi, Siar, p. 551), dont Atfias a donné le résumé.

Quand à l’ouvre du sajha Atfias lui-même (mort en 1914), elle est, quantitativement, extraordinairement abondante, et compte plus d’une certaine d’ouvrages, parmi lesquels les écrits du domaine législatif n’occupent pas la dernière place ; j’en donnerai la liste dans mon Essal de bio-bibliographie ibadite, dont j’entreprends la publication. A part le Sarh Kitab an-Nil , M. Mercier ne mentionne ( p. 29 ) que deux ouvrages de ce Sajh ; ce sont : le Commentaire du Kur’an et la Risäla , sans les accompagner d’aucune annotation . Cela donnerait à croire que ce sont là les seuls ouvrages, ou les plus remarquables de l’auteur. Ni ceci ni cela n’est exact.

La caractéristique générale que M. Mercier trace du Commentaire du Nil (p.30) est, sans contredire, parfaitement juste et objective. Il me faut néanmoins redresse l’erreur qu’il commet en affirmant que le Commentaire du Nil n’embrasse que 8 volumes et qu’il est un abrégé, « car une partie aurait été détruite par un incendie ». Il compte en réalité 10 volumes in 4 . L’histoire de son impression est à notre. Les derniers volumes en étaient sous presse au, Caire, dans l’imprimerie de Muhammad b. Jüsuf al Barüni, quand il se déclara un incendie qui détruisit les trois derniers tomes, si bien que, de toute l’édition, il ne resta que les sept premiers. Mais en 1343 H.. sous la rédaction et surtout par les soins du petit fils du frère de A1tfias, du nom de Abu Ishak Ibrahim Atfias, ces derniers volumes furent édités au Caire, grâce au manuscrit qui avait échappé au feu et, naturellement, sans aucune abréviation. C’est ainsi que, des l’an 1343 H., tous les 10 volumes sont en cours.

Il nous faut encor relever quelques questions auxquelles M.Mercier touche dans son introduction, et qui exigent certaines corrections ou certain éclaireissements.

L’auteur constate l’absence d’études complètes (pp. 22-23), concernant les Compagnons du Prophète, les successeurs de ces Compagnons ete, études indispensables pour prendre connaissance de la législation orthodoxe. En tant qu’il s’agit du droit ibadite, l’auteur marque cette absence se fait d’autant plus sentir que les textes les plus importants ne sont encore guère connus. Mais, hélas ! il nous faut constater que même les textes ibadites, qui pouvaient nous donner quelque espoir relativement aux Shaba eux-mêmes, ne nous ont fourni, d’abord, q’une quantité minime de faits empruntés d’ailleurs, pour la plupart, aux sources orthodoxes ; et ensuite, qu’ils ne rapportent qu’à des partie des Sahaba. Il en est tout autrement quand il s’agit des successeurs, et surtout des successeurs des successeurs en tant qu’ils appartiennent aux as-Sura, les premiers héros de l’ibadisme.

Les ibadites, partie musulman ultra-conservateur, reconnaissent les Sahaba non seulement en principe, selon l’avis de l’auteur (p. 23), mais ils professent pour eux un culte vif et réel. Même ‘Ulman et Ali, selon eux, ne perdirent rien de leur valeur jusqu’au moment où ils s’écartèrent de la vois de la vérité, et l’auteur se trompe (p. 22) quand il affirme que jamais ils ne sont cités dans les textes ibadites. Loin de là il nous est possible d’indiquer divers textes où, non seulement ‘AlI, mais même 4utman, bien plus sévèrement condamné que ‘AlI et dont les ibadites jugent l’assassinat comme pleinement mérité, sont néanmoins l’un et l’autre cités. Ne fût-ce que dans un texte accessible à la rigueur, car publié par les ibadites eux-mêmes, à savoir al-Gami as- Sahih, v. t. L., pp. 157, 179 etc.

M. Mercier incrimine les ibadites, sur la foi de Zeys (v. p. 13 et n. 3) de ne pas admettre la Sura de Joseph, « la trouvant impudique ». La gravité de cette objection consisterait en ce que l’intégralité du Kur’an serait ainsi entamée. Mais c’est une fausse objection et Zeys, à son ordinaire, commet une erreur. Nous ne trouvons, dans les travaux des écrivains ibadites orientaux ni occidentaux, nul indice qui nous permette de douter, que cette Sùra ne fit partie intégrale du Kur’an. Dans tous les Tafsir ibadites, au contraire, on la commente à l’égal des autres Sùras. Je n’en vaux citer, comme témoignage, qu’un Commentaire facile à vérifier celui de Atfias publié par les ibadites eux-mêmes (Taf-sir al-Kur’an, 6vol. 1326, v. vol. III, pp. 285-406). Le prophète n’interdit qu’aux femmes l’usage de cette Sùra, au témoignage de Atfias (op. cit, v. III, p. 285), parce qu’elle les incite à la sédition. A part cela cettte Sùra est même assez souvent citée, ce dont on peut se convaincre dans les ouvrages juridiques ibadites, ceux de Ja’kùb. Jùsuf al-Warglani, par ex. et d’autres.

Il en est autrement pour les partis de Agarida et de Majmunija qui, selon l’opinion de Sahrastani, rejettent la Sùra de joseph. Bien que les informations provenant de cette source n’inspirent pas toujours confiance quand à leur exactitude, en ce qui concerne les Hawarig, cette fois elles semblent être véridiques, concordant avec l’opinion des savants ibadites les plus consciencieux

L’auteur exprime un regret tout naturel (p. 16) sur la disparition complète des textes ibadites réunis par Motylinski et par d’autres savants, parlant (n. 2) de « cette inestimable bibliothèque de Motylinski, fruit de nombreuses années de labeur au Mzab, finalement cédée à une université américaine ». Il est regrettable qu’il ne mentionne pas le nom de cette université. L’auteur ignore en concluons nous, qu’une faible partie des manuscrit de Motylinski se sont retrouvé chez M. Geuthner, qui précisément me les a cédés. Ce sont : Kitab an-Nil wa Sifa al-Alil, du Sajh connu Abd al-Aziz de Bani Jasgan ; Sarh al-Gahalat, du sajh Abu Ammar Abd al-Kafi at-Tanawati ; Kitab ad-Dalil wa l-Burhan, du sajh Abu Jakùb Jùsub b. Ibrahim al-Warglani ; Kaitab Ahbar al-Mardija fi Siar Hajr al-Barija, du sajh Abù l-Abbas Ahmad al-Hakafi. Ensemble quatre ouvrages complètes qui sont à l’heure qu’il est la propriété de l’Université de Lwow. De même, une collection plus considérable liée au nom de Motylinski, consistant en onze manuscrits ibadites, repose dans la bibliothèque de l’Université d’Alger. Il est vrai que, selon les annotation tracées sur la couverture des manuscrits, ce recueil fut légué par Motylinski à cette université dans les années quatre-vingts du siècle dernier, à l’époque où il travaillait dans le Mzab on caractère d’interprète militaire. Cette collection est inconnue en Europe et, si je ne me trompe, à peu prés ignorée à Alger. Ce sont : Kitab an-Nil wa Sifa al-Alil, du sajh Abd al Aziz de BaniJasgan ; Kitab Tulhi alkisma ; Kitab at Tiharat, partie du volumineux travail connu sous le nom de Diwan al-Masa ih, des sajhs Ihlaftan b. Ajùb an-Nafùsi, Muhammad b. Salih an-Nafùsi alMasnani, Jùusuf b.Mùusa Kantarari, Jusuf b.Amran alMzati, Abd as-Slam b. Arigi, Gabir b. Hammù et Ibruhim b. Abi Ibrahim ; Kitab al-ahkam, partie également du Diwan al-Masa ih, déjà nommé ; Kitab al-Wisaja, appartenant aussi au Diwan ; Kawaid al-Islam, du sajh Ismail b. Mùsa al Gajtali ;kitab al-Adl wa’l-Ansaf, Kitab at-Tartib min as-Sahih fi HaditRasal Allah, et Kitab-ad-Dalil wa’lBurhab, tous les trois faits par le sajh Abù Ja’kùb Jùsuf as-Sadrati ; Kitab as—Sira wa Ahbar al-Aimma, du sajh Abu Zakarja Jahja b.Abù Bakr al-Warglani et kitab at-Tabakat al-Mas ih, du sajh Abu’l-Abbas Ahmad b. Said ad-Dargini.

De toute cette collection les deux premières copies sont plus anciennes ; les autres datent de 1884, exécutées en majeure partie par le copiste, relativement correct, Ibrahim b. Sulajman as-Samahi. Les pièces les plus précieuses de la collection sont deux ouvrages historiques ; en premier lieu, la chronique de Abù Zakarja, avec qui plus est, la I et la II parties complètes (la II partie est, à peu d’exceptions prés, introuvable chez les ibadites) ; et en second lieu, la chronique de ad-Dargini, ont la seconde partie s’y trouve seule. La description de ce recueil, ainsi que de la collection entière de manuscrits ibadites, en possession de l’Université de Lwow, que j’ai réunis et scrutés lors de mes voyages dans l’Afrique septentrionale, je les présente dans l’appendice de mon Essai de bio-bibliographie ibadite, mentionné plus haut.

L’auteur note (p. 31) que « les Kharédjites se nomment eux-mêmes les ‘compagnons de l’œuvre’, ou les ‘gens de vérité’ », etc. Or, il est plus précis de dire les harigites-ibadites, ou simplement, les ibadites, car, par manque de données exactes, nous ignorons si d’autres parties de hawarig avaient recours à cette dénomination. Par contre, il est de toute évidence, que parmi les divers partis de hawarig, l’badisme occupe une situation absolument à part, radicalement distincte de tous les autres. Je me réserve de reprendre à une autre occasion ce problème, afin d’en élucider les motifs. Les ibadites eux-mêmes, mûs par une juste tendance à se séparer complètement de tout autre parti

LWOW
NAKLADEM POLSKIEGO TOWARZYSTWA ORJENTALISTYCZNEGO
Z ZASILKIEM MINISTERSTWA W. R. I.O. P
1929
Marcel Mercier, Etude sur le waqf abadhite et ses applications au Mzab. Alger, Jules Carbonel, 1927, pp. 191 in -8°.

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